On continue à combler la faille temporelle entre ce que je raconte et maintenant avec les deux semaines que je passerai à Katmandou, fin juin, début juillet.
Si le Népal est un des pays les plus pauvres du monde, sa capitale est une parenthèse sur son territoire. Fermement tenue par le pouvoir pendant les évènements opposant maoïstes et armée, elle
offre une image pas vraiment représentative du reste du pays. Il faut clairement quitter le centre de Katmandou si on veut le decouvrir vraiment.
La ville occupe une place de choix dans l'imaginaire de beaucoup de voyageurs occidentaux d'une cinquantaine d'années. Pendant pas mal d'années, c'était le point de chute de tout ce que la Terre
compte de hippies, de beatnicks et autres types aux cheveux longs. Cette époque pleine de hashish et de "Hare Krishna" où ils profitaient d'une vie pour rien du tout (des chambres d'hotel pour 3
Roupies, soit moins de 3c d'euros actuels, etc...) set bien loin, maintenant.
Ca a beaucoup changé, aujourd'hui, même si on en croise encore dans les rues, et que les jeunes de Thamel qui proposent du mauvais shit tous les 10 mètres sont là pour rappeller que pas mal de
touristes comptent bien profiter de ce genre de choses, malgré l'interdiction officielle.
Un des quartiers de la ville, Thamel, s'est transformé en quelque chose d'assez informe, qui fait assez penser à un centre commercial pour occidentaux à ciel ouvert. On n'y croise que des boutiques
qui leur sont destinées, entre souvenirs, matériel de trekking*, vêtements, librairies, restaurants, bars, boites, cybercafés, et autres. Si le centre de cette ambiance est Thamel, dont j'essaierai
tant bien que mal de me tenir à l'écart, le reste du centre-ville y ressemble aussi parfois, en moins dramatique.
C'était à la fois très déplaisant, piégeux et très pratique.
Déplaisant, parce que laissant l'impression que toute une partie de la ville ne vit que pour tirer de l'argent à ces portefeuilles à jambes occidentaux. Marchander à des prix raisonnables était
très compliqué, parce que les vendeurs savent qu'ils trouveront moins exigeants que nous, par exemple. Déplaisant aussi parce que, culturellement, si la ville et très riche (il y a des temples à
tous les coins de rues), on n'a pas l'impression que la culture népalaise est assez mise en valeur. J'aurai adoré trouver des gens qui soient capables de m'expliquer des détails sur les temples de
Durbar Square, sur telle ou telle stupa aperçue au coin d'une rue, et pas de lire de temps en temps quatre lignes de mauvais texte vaguement descriptif sur une plaque.
Je sais que le pays est très pauvre et politiquement instable, encore que ça aille mieux, mais il y aura de la matière pour faire quelque chose de génial, à peu de frais, avec l'immense patrimoine
de la ville.
Pratique, parce qu'avoir à sa disposition tout ce qu'on a chez nous, à des prix qui, s'ils sont chers pour le pays, restent deux à trois moins chers qu'en Europe, c'est très agréable. Pouvoir
manger au resto tous les jours, alcool** compris, pour 3 euros, avec de la bouffe de très correcte à très bonne, ça donne envie d'en profiter. Pouvoir faire le plein de bouquins neufs en anglais
pour trois fois moins cher, de même. Rencontrer du monde, discuter et passer des soirées sympas parce que tous les touristes occidentaux se retrouvent aux mêmes endroits, même chose. On pourrait
multiplier les exemples.
Piégeux, parce que je m'y suis fait avoir. Si je fais le bilan de mes deux semaines passées là-bas, j'ai passé (beaucoup) plus de temps à y faire le touriste que le voyageur. Sans m'étendre sur le
détail, je n'ai pas réussi à m'auto-botter les fesses pour me sortir de ce centre-ville si confortable. Je comptais bien profiter un peu, évidemment, mais je me suis laissé bouffer par le temps et
par cette petite vie tranquille et confortable dont je parle plus haut. Il y a tellement de choses que j'aurai voulu aller visiter et que j'ai laissé de côté par flemme, je n'ai pas appris un mot
de népalais, je n'ai pas profité autant que j'aurai aimé de mon temps pour découvrir le pays. Sans faire la course aux visites, il est quand même dommage de rester à la surface d'un pays qu'on ne
connait pas. C'est exactement ce que j'ai fait...
Quelques belles rencontres dans les derniers jours, tout de meme, notamment de trois belges venus bosser avec les gamins des rues. Je vais me répéter, mais si vous lisez ça, Noémie, Waldo et
Romain, c'était bien de vous rencontrer. On se verra au vendanges, j'espère... :)
Tiens, au fait, Marie-Hélène, toi qui a du y passer, qu'est-ce que tu en as pensé, de Katmandou ? Ca m'intéresserai assez d'avoir tes impressions...
Vers le trois juillet, après deux faux départs (ratage du bus, puis du réveil), j'ai repris la direction de Darjelling, avec le même genre de bus que celui que je décrivais plus tôt, mais de jour,
en partant à 5h, ce qui m'a permis d'augmenter mes chances d'arriver en vie et de profiter du paysage. La descente de la vallée de Katmandou, c'est vraiment quelque chose. Entre le vert omniprésent
de la végétation, les cultures en terrasse, les ponts en corde sur le torrent et le ballet des camions pleins de couleurs (pas autant qu'au Pakistan, mais dans le même esprit), j'en ai pris plein
les yeux***.
Quand je dis de jour, c'était la théorie. Un accident sur la route a arrêté le bus dix heures (et pas d'info de la part du chauffeur à propos de ce qu'on fichait là pendant les 8 premières), nous a
fait arriver, vers 3h, dans la nuit, sous une belle grosse averse.
Du coup, j'ai retraversé la frontière au petit jour, à 4h30, tout seul, avec des couleurs magnifiques dans le reflet de l'eau des rizières.
Un minibus plus tard, arrivée à Siliguri, puis départ pour Darjelling dans la foulée, et enchaînement pour Takdah en suivant. Au final, quasiment 36 heures de trajet non-stop. J'aime beaucoup la
sensation de bonheur intense qu'on éprouve quand on s'allonge dans son lit après ce genre de chose...
* Les trekkeurs qui partent faire le tour des Annapurnas, la montée au camp de base de l'Everest ou d'autres circuits atterrissent souvent d'abord à Katmandou, avant d'enchainer au Nord.
** Chose qui ne se trouve pas partout, dans la région. En Inde, seuls les restaurants haut de gamme ou les rares bars en servent. Bon, la bière, surtout locale, est pas terrible, mais on s'en
contente bien...
*** Plein le dos aussi, d'ailleurs. Prendre une place dans le fond du bus permet de tester l'age des amortisseurs. Ils sont très agés.